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  • Thierry
02
Jan
2010
La filière française à l'aube d'une lourde remise en cause PDF Imprimer Envoyer
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Actualités - Abu Dhabi

Le résultat de l'appel d'offres d'Abu Dhabi suscite des interrogations sur la stratégie commerciale du camp français. Mais aussi sur la capacité de l'EPR à s'exporter.

Quelles seront les conséquences de l'échec d'Abu Dhabi ? En attribuant un contrat de 20,4 milliards de dollars au consortium mené par le coréen Kepco, l'émirat condamne le camp français à une lourde remise en question. Longtemps donnés favoris, les champions de la filière nucléaire tricolore ont été battus par le concurrent qu'ils jugeaient au départ le moins dangereux. Areva, GDF Suez et Total se battaient sur ce contrat emblématique depuis plus de deux ans. En janvier 2008, les trois groupes avaient annoncé leur candidature pour la construction de réacteurs nucléaires de troisième génération avant d'être rejoints ces derniers mois par EDF, à la demande expresse de l'Elysée. Aujourd'hui, ce revers suscite de multiples interrogations. L'EPR était-il adapté ? Faut-il revoir la stratégie commerciale ? Remettre à plat la filière française ?

Mettre un terme aux zizanies

A l'évidence, l'échec du camp français va donner du grain à moudre à ceux qui militent pour une réorganisation. Voilà un mois, Nicolas Sarkozy a confié une mission de réflexion à François Roussely, afin de baliser l'avenir de la filière et de mettre un terme aux zizanies. Quels sont les scénarios possibles ? Une première option, défendue par le nouveau patron d'EDF, Henri Proglio, consisterait à redonner à l'électricien tricolore un rôle de premier plan. En novembre, Henri Proglio avait critiqué la « pagaille  » qui régnait dans la filière. Soucieux de leur indépendance, les autres acteurs plaident pour une organisation plus souple. Grosso modo, les poids lourds du secteur se répartiraient les pays intéressés par le nucléaire, l'essentiel étant d'éviter des changements de dernière minute, comme à Abu Dhabi. Autre option, un démantèlement d'Areva. Une hypothèse semble-t-il peu probable. Après avoir évoqué la nécessité de repenser les rôles d'Areva et du CEA, le patron d'EDF s'était fait recadrer par François Fillon et avait ensuite minimisé ses propos.

· L'EPR était-il adapté ?

L'appel d'offres d'Abu Dhabi suscite aussi des interrogations quant à la capacité d'Areva à vendre l'EPR à l'étranger. En proposant ce réacteur, la société a choisi de promouvoir un produit high-tech, qui revendique les standards de sécurité les plus élevés au monde. « Les réacteurs proposés par le consortium coréen ne pourraient pas être installés en Europe ou aux Etats-Unis. Ils datent des années 1980  », explique-t-on du côté d'Areva. Kepco, évidemment, affirme le contraire, conformément d'ailleurs aux déclarations des émirats. Pour plusieurs observateurs, ce qui a fait la différence, c'est le prix. Et même dans un des pays les plus riches au monde, ce critère a été décisif. Autre désavantage, Areva ne dispose pas d'un réacteur de troisième génération comparable en puissance à celui du consortium coréen. Là où ce dernier propose 1.400 mégawatts avec son APR1400, l'EPR en affiche près de 1.600. L'avènement de l'Atmea, un réacteur de 1.100 mégawatts conçu en partenariat avec Mitsubishi, devrait élargir la gamme.

· Un coup dur pour GDF Suez

Abu Dhabi résumait à lui seul les ambitions de GDF Suez dans le nucléaire. Voilà un an et demi, le groupe envisageait de construire une centrale dans l'émirat mais aussi en Bulgarie, en Grande-Bretagne et en France. Pour l'instant, les résultats sont limités. Le groupe a obtenu une participation dans l'EPR de Penly, mais le chef de file du projet sera EDF. GDF Suez a aussi mis un terme à un projet de coopération avec RWE pour construire une centrale en Bulgarie. Enfin, le groupe s'est contenté d'acheter un terrain au Royaume-Uni. Les grands gagnants des enchères britanniques lancées mi-mars par la NDA, l'autorité chargée du nucléaire civil outre-Manche, ont été EDF, E.ON et RWE.

· Un impact sur l'augmentation de capital d'Areva

L'échec de dimanche aura un impact sur le prochain chantier du groupe nucléaire : son projet d'augmentation de capital d'environ 2 milliards d'euros. Le fonds souverain d'Abu Dhabi faisait partie des investisseurs potentiels, au même titre que le japonais Mitsubishi Heavy Industries ou que les fonds souverains du Koweït ou de Dubaï. Désormais, il est fort peu probable que le premier monte au capital. Cette situation va donner une plus grande marge de manoeuvre à Mitsubishi Heavy Industries pour payer sa participation au juste prix ou pour négocier des contreparties. Il pourrait ainsi demander un siège au conseil de surveillance, ou des échanges technologiques.

E. G, Les Echos
 
 

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