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03
Jui
2009
"Le modèle de Dubaï va être recomposé par la crise PDF Imprimer Envoyer
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Actualités - E.A.U

Abu Dhabi poursuit son urbanisation sans sembler souffrir de la crise, alors que son voisin Dubaï a accumulé 80 milliards de dollars (56 milliards d'euros) de dettes, a vu les prix de l'immobilier chuter de 40 % et a dû stopper de nombreux chantiers. Pour le géographe Marc Lavergne, expert en géopolitique du Moyen-Orient et fin connaisseur des villes du Golfe, le visage même des deux émirats exprime leurs destins opposés.

En quoi Abu Dhabi et Dubaï divergent-ils ?

Il y a cinquante ans, les deux villes se résumaient à quelques huttes en paille. Aujourd'hui, leur apparence reflète bien l'identité de chacune. A Dubaï, la fantaisie architecturale et le foisonnement débridé des projets magnifient l'audace, l'ouverture au monde. L'émirat mêle depuis un siècle de riches commerçants iraniens et des Bédouins en rupture de ban par rapport à la "société mère" d'Abu Dhabi, qui tiennent à montrer qu'ils peuvent réussir aussi bien, même sans pétrole.

Abu Dhabi, au contraire, exprime une certaine retenue. La famille régnante a conservé l'austérité bédouine dans laquelle a grandi le cheikh Zayed (souverain d'Abu Dhabi de 1966 à 2004), passée en quelques années des campements nomades autour d'un feu de dattes à la fortune du pétrole.

Comment expliquer la résistance différente des deux émirats face à la crise ?

La stabilité d'Abu Dhabi vient surtout du fait que l'économie y est concentrée entre très peu de mains, celles de la dynastie régnante et de quelques grandes familles, très conservatrices dans leurs investissements. Ça reste un pays rentier, adossé au pétrole.

A Dubaï, où le pouvoir économique est beaucoup plus morcelé, la crise a eu pour effet l'éclatement d'une bulle spéculative. Car après avoir répondu à des besoins de l'économie mondiale en devenant le supermarché de la planète, puis une place financière dérégulée, Dubaï a fait le pari de créer des besoins que personne n'exprimait : îles artificielles, complexes touristiques, hôtels de luxe, parcs de loisirs... L'émirat est devenu une cité-événement, condamnée à maintenir un rythme haletant pour ne pas tomber.

Dubaï peut-il se relever ?

Je ne pense pas que son modèle soit condamné, mais il va être recomposé grâce à la crise. Car celle-ci a précipité les problèmes de gestion urbaine créés par un développement fondé sur la spéculation et la corruption : la pollution, les embouteillages, la criminalité, la destruction systématique de l'environnement, le manque de droits accordés aux étrangers...

De son côté, Abu Dhabi dit vouloir diversifier son économie...

Ce sera difficile. Contrairement à Dubaï, qui a envoyé ses élites étudier dans les business schools américaines, Abu Dhabi ne dispose pas d'une technocratie formée dans les grandes écoles occidentales. Elle manque de compétences et de réseaux pour développer de nouveaux secteurs, commercer avec le reste du monde. Sans oublier les freins culturels : la population d'Abu Dhabi n'est pas prête à voir arriver le cortège de filles dévêtues et d'alcool qui a accompagné, à Dubaï, l'ouverture à l'économie mondiale.

Propos recueillis par Grégoire Allix
LE MONDE | 03.06.09 | 16h17
 

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